La diva des garderies

Toute l’équipe de La Montagne secrète offre ses très sincères condoléances à la famille de Carmen Campagne.  

En souvenir d’elle, nous reprenons ici un article publié dans Le Devoir en octobre 1994 de Pierre Cayouette, le premier à la présenter comme « la diva des garderies » au Québec. 

La diva des garderies

Carmen Campagne lance son sixième album

Un piano tout puissant trônait au milieu du salon, enseveli sous les portraits des enfants. Et le dimanche, après un copieux repas, la maman s’y installait tandis que le papa raclait de la guitare. Toute la famille chantait jusqu’à s’époumoner, dans la plus profonde, la plus chaleureuse harmonie. Il n’y avait rien de plus magique pour resserrer les liens entre parents et enfants.

Aujourd’hui, il n’y a généralement plus de piano au salon. La télévision y règne dans la plus parfaite hégémonie. On ne chante plus en famille après les repas. On zappe à l’unisson. A vrai dire, il n’y a plus vraiment de famille… Il faut avouer qu’une chorale de 1,8 enfants — la famille moyenne selon les démographes — ne résonne pas très fort!

Heureusement, tout n’est pas perdu pour les enfants. A défaut de la musique familiale, il y a la musique sur disque. Et il y aura toujours Carmen Campagne pour voir à leur bien-être et satisfaire leur besoin naturel de chanter. Tous les parents avertis vous le diront. Sa voix réchauffe la maison et plonge les enfants dans l’atmosphère musicale d’autrefois.

Elle est, faut-il le répéter, la plus belle invention depuis Passe-Partout et Henri Dès. Elle est la diva des garderies et des écoles primaires. Depuis cinq ans, de disque en disque, son succès se propage à la vitesse de l’otite.

Douce et généreuse, Carmen Campagne est sans conteste l’idole des enfants. Il fallait les voir, ces petits, mercredi dernier, lors du mini-spectacle qu’elle leur a offert en lançant son sixième album, J’ai tant dansé. Émus, souriants, émerveillés, les yeux brillants, le pied prêt à danser: elle les a conquis dès les premières mesures, comme elle sait toujours si bien le faire. Le lancement était d’ailleurs à la hauteur de l’album, c’est-à-dire parfaitement orchestré pour répondre, dans les moindres détails, aux besoins des petits fans.

En clair, le dernier Carmen Campagne comblera à la fois les attentes des marmots et de leurs parents. On y retrouve à nouveau un savoureux mélange de chansons traditionnelles (J’ai tant dansé, Bonhomme bonhomme, L’arbre est dans ses feuilles), de chansons populaires devenues des classiques (Un éléphant sur mon balcon) et de chansons inédites (J’aime j’aime bien, Hé! que c’est zaza, le Pigeonnier, Camille la chenille, Colette la belette).

Fidèle à son habitude, la Callas des classes a de nouveau invité des chanteurs « pour adultes » à l’accompagner sur disque. Daniel Lavoie et Luc De Larochellière apparaissaient sur des albums précédents. Cette fois, Michel Rivard et Laurence Jalbert participent à J’ai tant dansé.

Michel Rivard y interprète en duo Histoire d’autan, une chanson de l’auteur-compositeur franco-manitobain Gérard Jean. Fabuleux! Laurence Jalbert s’est quant à elle associée à Carmen Campagne pour livrer une très émouvante version de la chanson traditionnelle À la volette que les adultes apprécieront tout autant que les enfants.

Tradition oblige, deux nouvelles versions de La vache, son incontournable succès, figurent. Après les variantes classique, western, rap, rock’n’roll, voici maintenant La Vache banjo et La Vache Elvis — clin d’œil aux parents, bien sûr. J’attends toujours impatiemment La Vache grégorienne

D’album en album, le produit se raffine. Les arrangements de Paul Campagne s’enrichissent. Les textes se veulent davantage élaborés. Pour ce nouvel album, un soin particulier a aussi été apporté à la pochette. La star des petits a fait appel au talent d’une des plus grandes illustratrices de livres pour enfants, Hélène Desputeaux. D’où ce résultat si réussi.

Née il y a une trentaine d’années à Willow Bunch, dans le sud de la Saskatchewan, Carmen Campagne a elle-même grandi dans une famille où l’on chantait autour du piano.

Adolescente, la Fransaskoise a fait partie, avec son frère et ses sœurs, du groupe Folle Avoine qui allait plus tard devenir Hart-Rouge.

En 1989, elle a enregistré un premier album pour enfants, Lullaby Berceuse, en duo avec Connie Kaldor. Le disque fut doublement récompensé. L’album lui a en effet valu le Juno du meilleur disque ainsi que le Parent’s Choice Award, un prestigieux prix américain.

Par la suite, les événements ont déboulé. Un premier album en français a suivi, Une voix pour les enfants, paru en 1990. Deux ans plus tard, elle lançait Rêves multicolores, un superbe album de berceuses qu’elle a réalisé après avoir fait des recherches dans le folklore et le patrimoine. Cet album a guéri des milliers de bambins insomniaques. Lettres à l’appui, Carmen Campagne peut en témoigner…

L’année dernière, elle mettait sur le marché Une fête pour enfants tout en multipliant les spectacles, à Montréal et ailleurs. Elle a fait un malheur aux Francofolies. En octobre prochain, Carmen Campagne lancera un premier album de Noël en français intitulé La Magie de Noël. Elle continuera de donner des spectacles un peu partout d’ici à novembre prochain. En décembre, toutefois, elle se retirera pour quelques mois. Car elle donnera naissance, à quelques jours de Noël, à un troisième enfant. Elles seront belles, les soirées, quand maman Carmen s’installera au piano et chantera à l’unisson avec Stéphanne, Jean-Yves et le p’tit dernier… ou la p’tite dernière!

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